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12.01.2021
En visioconférence intégrale

Andy Cabot : Esclavage, Empires et Diplomatie (France, États-Unis, Grande-Bretagne) : Abattre ou Consolider l’Esclavage dans le Monde Atlantique après Saint-Domingue (1795-1815) ?

Sous la direction des Pr. Marie-Jeanne Rossinol (LARCA) et Allan Potofsky (LARCA)

Cette thèse est une histoire politique de la question de l’esclavage durant l’ère des révolutions sous l’angle de la diplomatie. Pour ce faire, elle situe tout d’abord le phénomène esclavagiste dans les Amériques coloniales au XVIIIe siècle comme un système global soutenu par une idéologie, ici conceptualisée sous le terme « économie politique impériale de l’esclavage », soit un discours dominant qui défend et couvre toutes les formes de légitimation du système esclavagiste atlantique alors à son apogée au terme du siècle des Lumières. De ce point de départ, l’étude se porte ensuite, dans une perspective historiographique au croisement de l’histoire atlantique et de l’histoire globale, à une analyse de l’évolution de cette « doctrine » de l’esclavage au cours de la période qui suivit l’insurrection des esclaves de la colonie française de Saint-Domingue en août 1791, révolte dont l’ampleur marqua une rupture sans précédent dans l’histoire de l’esclavage aux Amériques.

Afin d’offrir un récit nouveau sur une période centrale de l’histoire politique de l’esclavage et des abolitions, cette thèse propose une histoire « intégrée » de l’espace colonial américain durant cette période charnière au prisme des conflits, débats, et actions ayant marqué trois des principaux pays impliqués dans les conséquences politiques de la révolte de Saint-Domingue : la Grande-Bretagne, la France, et les Etats-Unis. En multipliant les échelles d’analyse des différentes régions touchées par l’impact de la révolte dans le monde atlantique (Santo-Domingo, la Guyane britannique, la Trinité, la Louisiane, la Caroline du Sud), et tout en offrant un récit renouvelé des débats métropolitains concernant l’abolition à Londres, Paris, Philadelphie puis Washington, durant la période, cette thèse s’inscrit dans la production historiographique profondément renouvelée sur le processus d’abolition de l’esclavage dans les empires coloniaux aux XVIIIe et XIXe siècle.

Le point d’ancrage de l’étude se situe sur l’insurrection de Saint-Domingue dont l’aboutissement fut l’indépendance de la république d’Haïti en 1804. En plaçant Saint-Domingue/Haïti au centre de son récit, elle permet d’éclairer des situations et ruptures majeures de la période quant à l’avenir de l’esclavage colonial aux Amériques : le réformisme impérial britannique marqué par l’abolition de la traite en 1807 et la tentative d’extension de cette décision aux autres nations européennes au Congrès de Vienne ; la politique anti-traite des Etats-Unis lors des années 1790, puis l’acquisition de la Louisiane en 1803 qui renversa la tendance en faveur de l’expansion de l’esclavage ; et, enfin, l’exemple français, marqué par l’expérience d’une politique d’émancipation générale des esclaves dans les colonies en 1794, puis celle du rétablissement sous le Consulat en 1802, avant de se terminer avec le retour d’un régime favorable à la traite en 1815. Pour tous ces changements à l’échelle impériale et « métropolitaine », l’étude reste toujours soucieuse du socle social et politique à l’origine de ces changements : la dynamique révolutionnaire à l’oeuvre dans la « Grande Caraibe » déclenchée après l’insurrection de Saint-Domingue d’août 1791, qui, de la côte de Guyane jusqu’au Golfe du Mexique, force Etats et propriétaires à multiplier les ripostes et réformes afin de maintenir l’ordre politique impérial dans les Caraïbes.

En proposant un récit de l’abolition fondé sur les conflits politiques inter-étatiques et intra-impériaux (métropoles-colonies) dans toute la région caribéenne, cette étude offre un visage renouvelé de l’espace concerné : celui d’une région caribéenne et, plus largement, américaine, façonnée par la difficile, et, au final, incomplète, remise en question d’une « économie politique impériale de l’esclavage », au cours d’une période autant marquée par les ruptures radicales envers le système esclavagiste que les « contre-révolutions » en faveur de l’esclavage.

 

Le jury est composé de :

  • Mme LEJEUNE Françoise, Université de Nantes
  • Mme ROSSIGNOL Marie-Jeanne, Université de Paris
  • M. POTOSKY Allan, Université de Paris
  • M. SARSON Steve, Université Lyon 3
  • M. VAN RUYMBEKE Bertrand, Université Paris  8 - Vincennes -St Denis

 

La soutenance se tiendra le 12 janvier 2021, à 9h en visioconférence.