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29.09.2021
Salle Pierre Albouy, Grands Moulins

Sara ALONSO GOMEZ - Désobéissance artistique : l'art contemporain latino-américain face aux injonctions de la mondialisation

Sous la direction de Catherine Coquio (CERILAC)

Cette thèse doctorale vise à déterminer la valeur heuristique de la notion de « désobéissance artistique » dans le domaine de l'art contemporain. Plus particulièrement il s'agira d'évaluer la portée de cette notion, telle qu'elle mobilise un pan important de l'art latino-américain d'aujourd'hui. Dans cet éclairage inédit, la thèse expose une description d'opérations artistiques « désobéissantes », par lesquelles l'art se pose en recours contre-hégémonique face aux nouvelles injonctions de la mondialisation, actives dans le champ de la production de marchandises comme dans celui des biens symboliques, alors que ceux-ci se brouillent souvent avec celles-là. La « désobéissance artistique » partage avec la désobéissance civile une méfiance affirmée qui mine les normes implicites à l'oeuvre dans une société donnée, mais elle projette cette méfiance sur les enjeux de l'art, en s'en jouant.
Les pratiques artistiques en Amérique Latine ont souvent été intimement mêlées aux questions politiques au cours du XXe siècle. Dans cette région du monde traversée de soubresauts politiques incessants qui en ont fait le terreau d'effroyables régimes autoritaires, mais aussi le laboratoire de nombreuses révoltes et de transformations sociales, l'art a rarement joui d'avoir eu le champ aussi libre. Au seuil du XXIe siècle, cette image de l'Amérique Latine semble cependant déjà s'éloigner dans une mémoire lointaine, où le mot de « révolution » a même réussi la performance d'intégrer le consensus ambiant qui n'hésite pas l'institutionnaliser, dans les sigles et les commémorations. En outre, cette aire culturelle a été aspirée dans le grand mouvement de mondialisation, comme l'ont également été d'ailleurs d'autres régions de l'ancien « Tiers Monde ». L'art n'est pas en reste : les artistes latino-américains ont été entraînés dans une dynamique globale, qui les voit s'exposer aux quatre coins de la planète, avec la succession de biennales et de foires au rayonnement désormais international.
Une triple hypothèse oriente ainsi mes réflexions : 1) la mondialisation a soumis la création artistique contemporaine à des injonctions spécifiques, comme cela se vérifie dans le cas latino-américain ; 2) le contexte artistique latino-américain permet de repenser à nouveaux frais le rapport entre l'art et le politique, en proposant une approche alternative à ce que signifie le consensus hégémonique et le respect des règles à l'ère globale ; 3) toute oeuvre réussie trouve son efficacité dans une forme de désobéissance, que je qualifie de « désobéissance artistique » (même si inversement toute oeuvre désobéissante ne pourra pas nécessairement être qualifiée de réussie).
En suivant une approche issue de la théorie critique et des études culturelles, cette étude développe de nouveaux outils, qui diffèrent de ceux généralement utilisés dans le domaine de l'histoire de l'art, pour s'élargir jusqu'à une approche plus globale permettant d'autres critères d'analyse tels que politiques, économiques et sociaux. Les oeuvres du corpus principal (11 au total) ont été conçues par des artistes latino-américains (Leandro Erlich, Allora & Calzadilla et Reynier Leyva Novo), ou par des artistes internationaux basés dans la région, tels que Santiago Sierra. Le cadre historique dans lequel l'objet de cette thèse s'inscrit occupe plus de deux décennies : depuis la fin des années 1990 jusqu'à nos jours. Trois dates fondamentales sont cependant mises en évidence dans cette étude : 1968, 1989 et 2001. En résumé, il s'agira dans ce travail à la fois d'interroger un moment historique précis dans l'évolution récente de l'art latino-américain embarqué dans un processus de mondialisation dès 1989, et de questionner les normes esthétiques d'une oeuvre « efficace », replacées dans le cadre de normes sociales et politiques exerçant une influence toujours plus prégnante.

 

Le jury sera composé de  :

  • BAL Mieke, PU Emerite, Université d'Amsterdam
  • BEGOT Jacques-Olivier, PU, Université de Rennes 1
  • COQUIO Catherine, PU, Université de Paris
  • FORERO-MENDOZA Sabine, PU, Université de Pau Pays de l'Adour
  • NERCAM Nicolas, MCU, Université Bordeaux-Montaigne
  • QUIROS Kantuta, MCU, Ecole nationale supérieure d'architecture de Nantes

 

La soutenance se tiendra en salle Pierre Albouy (Grands Moulins, AIle C, 6ème étage), à partir de 13h30.

 

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