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14.01.2020
Salle des thèses (580F)

Sarah Leboime : « "STORM COMING" : Résistance et résilience dans le Black Arts Movement à Chicago »

Sous la direction de François Brunet (LARCA) puis Hélène Quanquin (Université de Lille)

 

Cette thèse se concentre sur le Black Arts Movement (BAM) tel qu’il prit forme à Chicago dans les années 1960 et 1970. Encore largement absent dans l’historiographie de la lutte des Noir.e.s pour la liberté (Black Freedom Struggle), la « sœur esthétique et spirituelle » du mouvement Black Power s’inscrivit pourtant de façon puissante dans la longue histoire du militantisme noir aux États-Unis. Chicago, l’une des villes les plus ségréguées du Nord du pays, tint en outre une place particulière dans le mouvement et dans la construction de sa philosophie du nationalisme culturel. Au-delà du fait que ce fut la ville du BAM où le plus de genres artistiques furent représentés (arts visuels, littérature, théâtre, musique, danse), la « ville des vents » fut également celle où les organisations du mouvement perdurèrent le plus longtemps — plusieurs existent encore aujourd’hui. L’un des objectifs de cette thèse est donc de tenter de comprendre les raisons de cette résilience, en étudiant notamment la politique de l’espace propre aux réalisations du BAM à Chicago ainsi que les ponts générationnels forts qui se construisirent au sein et autour du mouvement. L’originalité de ce travail consiste également en sa mise en exergue des questions de genre, cruciales à toute compréhension profonde du BAM et pourtant encore largement minimisées. Souvent décrit comme sexiste et hétérosexiste, le Black Arts Movement fut en fait bien plus complexe que certain.e.s aimeraient le croire. Les femmes artistes noires de Chicago y jouèrent notamment des rôles organisationnels clés et elles contribuèrent à faire reculer la misogynie de nombreux de leurs homologues masculins. Elles articulèrent par ailleurs leurs propres mises en pratique de l’autodéfinition chère au BAM et luttèrent contre les stéréotypes avilissants dans lesquels on essayait souvent de les faire rentrer. En affirmant leur droit à la complexité et en s’inscrivant dans une longue lignée de « foremothers », les écrivaines et artistes du BAM participèrent ainsi à la création d’une « pensée féministe noire ». Cette étude s’applique in fine à montrer que le BAM, comme les individus en son sein, ne peut s’appréhender de façon linéaire et étroite puisqu’il fut multidimensionnel et continue d’échapper à toute définition monolithique.


This dissertation focuses on the Black Arts Movement (BAM) in 1960s and 1970s Chicago. The “aesthetic and spiritual sister” of the Black Power Movement has been largely understudied in the historiography of the Black Freedom Struggle, yet it is thoroughly woven into the long history of African American activism in the United States. As one of the most segregated cities of the American North, Chicago held a unique place in the movement and in its fashioning of cultural nationalism. Not only was it the city where the BAM took the greatest variety of artistic forms (visual arts, literature, theatre, music, dance) but the movement in the “Windy City” also produced some its most perennial organisations, several of them still being active today. This study partly aims at shedding the light on the reasons behind this resilience by emphasizing the specific twofold spatial politics of the BAM in Chicago as well as the many intergenerational exchanges having occurred both within and around the movement. Besides, this work’s originality lies in its articulation of the complex gender issues at stake in the Black Arts Movement, which have repeatedly been played down in spite of being crucial to any thorough understanding of the movement. While it has often been described as sexist and heterosexist, the BAM was actually much more complex than some might think. For instance, Chicago’s Black women artists had key organizational roles and they largely contributed to resisting the misogyny of many of their male counterparts. They articulated their own implementations of the BAM’s emphasis on self-definition and fought the demeaning stereotypes that were often imposed on them. As they asserted their right to complexity and called on a lineage of foremothers, BAM women writers and artists helped forge the “black feminist thought.” This study eventually endeavours to complicate any linear and narrow understanding of the Black Arts Movement and the individuals in its midst, for the movement was multifaceted and continues to escape any monolithic definition.

 

Le jury sera composé de :

  • Mathieu Duplay, Professeur, Université Paris Diderot
  • Hélène Quanquin, Professeure, Université de Lille, directrice
  • Guillaume Marche, Professeur, Université Paris-Est Créteil
  • Monica Michlin, Professeure, Université Paul Valéry-Montpellier 3, pré-rapporteuse
  • Anne Stefani, Professeure, Université Toulouse-Jean Jaurès, pré-rapporteuse
  • Rebecca Zorach, Professeure, Northwestern University


La soutenance aura lieu samedi 11 janvier 2020, à 14h en salle des thèses (580F).



 

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