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09.02.2022

Tancrède RIVIERE : L'image organique : penser la genèse narrative dans la littérature au XXe siècle à la lumière de Gilbert Simondon (Proust, Faulkner, Burroughs, Roubaud, Bolaño)

Sous la direction du Pr. Catherine Coquio (CERILAC)

Cette thèse propose une relecture de quelques oeuvres narratives de la littérature francophone, anglophone et hispanophone du XXe siècle à la lumière de la théorie de l'imagination de Gilbert Simondon (1924-1989). Il s'agit d'étudier le rôle de l'image "organique" dans la genèse des récits littéraires, en confrontant le cours Imagination et invention (1965-1966) de Simondon à un corpus comparatiste de récits de Marcel Proust, William Faulkner, William S. Burroughs, Jacques Roubaud et Roberto Bolaño. La théorie simondonienne de la genèse organique et cyclique des images sert à penser une prégnance des images dans le geste narratif des écrivains, qui conditionne l'émergence des formes narratives à l'expérience d'un devenir autonome des images. La poursuite de l'image comme réalité insaisissable devient, chez ces auteurs, le mobile profond du récit, et se confond avec l'exigence d'écrire les modulations d'une expérience partiellement aporétique. L'image se présente comme une réalité paradoxale : objet d'un désir qui fonde l'intention du récit, elle ne cesse d'apparaître comme la forme non-narrative de l'expérience. Force motrice de la narration, elle oblige en même temps l'écriture à défaire l'ordre narratif au profit d'une mise à nu des mécanismes de la genèse imageante. Le geste narratif se fait ambivalent : dire l'image, mais laisser l'image dire. Les poétiques narratives des différents auteurs tendant à révéler ce mode de relation à l'image comme un trait majeur de l'évolution des démarches et formes littéraires au XXe siècle. La découverte de la mémoire involontaire dans les premières ébauches du roman de Proust, la narration polyphonique, le courant-de-conscience et la "langue idiote" chez Faulkner, le cut-up de Burroughs, l'écriture du Rêve et du Projet chez Roubaud, la relation du récit à la photographie chez Bolaño, sont autant de formes des nouvelles modalités d'une expérience à l'origine de l'écriture. La genèse de l'image devient le prisme à travers lequel communiquent le devenir individuel et l'individuation des oeuvres.
 La théorie de Simondon, en associant la dynamique génétique de l'imagination à une fonction médiatrice des images, permet d'envisager la relation à l'image organique comme le support d'une nouvelle approche génétique des textes. Il ne s'agit pas d'étudier l'image comme figure ou comme trope, surgissant localement dans le cours du récit, mais de penser la genèse du récit à partir de celle des images. Progressivement, la configuration narrative du récit comme "intrigue" se présente comme une contingence, et la traduction de l'expérience organique de l'image comme la véritable force configurante des oeuvres. Cette traduction est également, au sens de Simondon, une "transduction", dans la mesure où la lecture des oeuvres au prisme de la genèse des images devient le support d'une genèse de l'interprétation.
À partir d'un rapprochement, au sein de la théorie de Simondon, entre le devenir symbolique de l'image et l'horizon transindividuel de l'individuation, la thèse esquisse quelques hypothèses sur le rôle de l'image dans l'articulation entre individu et histoire, telle que réfléchie par les oeuvres.

 

Composition du jury  :

  • Pr COQUIO Catherine - Université de Paris
  • Pr BOUJU Emmanuel - Université Sorbonne Nouvelle
  • Pr SAUVAGNARGUES Anne - Université Paris Ouest Nanterre
  • Pr ALLOA Emmanuel  - Université de Fribourg (Suisse)
  • Pr MARTY Eric - Université de Paris
  • Pr SAMOYAULT Tiphaine -  EHESS
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